La Fédération UPA Outaouais-Laurentides a tenu son Forum Agriclimat les 17, 18 et 19 novembre.  Au cours de ces trois jours, 80 producteurs et intervenants du milieu ont exploré des pistes de solution pour l’adaptation des entreprises agricoles aux changements climatiques en acériculture, horticulture, grandes cultures, production bovine et production laitière.

Le climat va profondément évoluer d’ici 2050 et ces changements se traduiront, en Outaouais-Laurentides, par des impacts majeurs pour toutes ces spécialités.  Ces constats sont basés sur des scénarios climatiques élaborés par les chercheurs d’Ouranos (Consortium sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques). L’initiative permet aux agriculteurs d’ici de mieux comprendre les effets qu’auront les changements climatiques et d’identifier eux-mêmes les actions à poser pour s’y préparer.

Au cours des cinq rencontres dédiées aux différentes spécialités, le thème de la gestion de l’eau est ressorti comme étant le défi principal à affronter au cours des prochaines décennies, pour tous les producteurs du territoire. Plus de redoux et de pluie et moins de neige en hiver, crues printanières hâtives et plus intenses, vagues de chaleur plus fréquentes et sécheresse en été, plus d’événements et de pluies extrêmes, mais également une saison de croissance plus longue pour les végétaux : les bouleversements font poindre à la fois des défis à relever et des opportunités à saisir.

Pour s’adapter, les agriculteurs doivent s’approprier de nouvelles pratiques culturales, assurer le bien-être de leurs animaux, planifier davantage entre les saisons, prendre des décisions d’investissements majeurs et recourir à la formation et l’expertise professionnelle. Les solutions passent souvent par des approches plus durables et plus coûteuses, une gestion de l’eau plus efficace à l’aide d’équipements et d’infrastructures mieux adaptés et de pratiques favorisant la santé des sols et des cours d’eau.

« Pour les producteurs, le temps est important, c’est toujours une course contre la montre, dès que la saison commence. La rentabilité des opérations est une préoccupation de tous les instants. Pour faire face aux changements climatiques à venir, il faut faire évoluer les pratiques vers des façons de faire plus durables. Tout ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut être prêts à perdre avant de gagner plus tard. C’est de l’investissement. Oui, les producteurs peuvent faire leur part, mais sans formation et soutien, c’est plus difficile », a affirmé Stéphane Alary, président de la Fédération UPA Outaouais-Laurentides et producteur de lait et de cultures commerciales.

Agriclimat est une démarche pilotée par le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec, soutenu financièrement dans le cadre d’Action-Climat Québec, un programme du ministère de l’Environnement et de la lutte contre les changements climatiques découlant du plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques. Elle a été adoptée en 2017 dans plusieurs fédérations régionales de l’UPA de la province, dont celle de l’Outaouais-Laurentides. Plusieurs partenaires collaborent au projet tels qu’Ouranos, le MAPAQ, l’UPA et VIA Pôle d’expertise en services-conseils agricoles.

Informations détaillées sur le forum et fiches techniques spécifiques aux productions

Les agriculteurs ont dit…

 

« La démarche entamée il y a trois ans avec Agriclimat n’est pas seulement utile, mais essentielle et incontournable. Les changements climatiques auront un impact immense sur nous, agriculteurs. Mais le vrai travail commence, car l’adaptation sera notre paradigme pour les prochaines décennies. Ensuite, il faudra continuer à travailler collectivement entre producteurs afin que les solutions à l’adaptation puissent émerger », a dit François Handfield, producteur maraîcher biologique de Mont-Tremblant.

« Quand je regarde ce qu’il se passe en Californie, il n’y a pas une goutte de pluie et on ne parle pas de sécheresse. Ici, après trois semaines sans pluie, on parle de sécheresse. Il y a des moyens qui existent déjà pour s’adapter. Par exemple, certaines espèces d’animaux supportent mieux les canicules. Nos bâtiments doivent être adaptés, pour qu’ils résistent aux vents violents, nos pratiques aux pâturages aussi. On n’a pas besoin de créer de nouvelles solutions, il faut regarder comment ça se fait ailleurs, dans des latitudes où le climat que nous aurons demain est déjà une réalité », a dit Brian Maloney, producteurs de bovins à Thurso.

« Nous avons vécu, dans notre érablière, un grave problème de ravageurs, alors c’est quelque chose qui m’inquiète, dans le contexte des changements climatiques. La prolifération de nouveaux insectes ou de maladie, ce que ça implique pour nos forêts, c’est pour nous un enjeu majeur. Il est important qu’on se penche sur la question, pour prévenir et être en mesure d’agir et non subir la situation », a dit Judith Jetté, administratrice du Syndicat des producteurs acéricoles Outaouais-Laurentides.

« Toute nouvelle option se doit d’être rentable. Si les producteurs sont laissés à eux-mêmes, les changements de pratiques ne se feront pas. Par exemple, on entend beaucoup parler des haies brise-vent et des bandes riveraines, pour réduire l’érosion des sols ou favoriser la biodiversité. C’est une demande sociétale; la société doit y répondre. Pour les producteurs, ça implique une perte de superficie cultivable, donc une perte de revenu. On ne peut demander aux agriculteurs de supporter seuls le poids de ça », a dit Sylvain Leroux, vice-président des Producteurs de grains Outaouais-Laurentides.

À propos de la Fédération UPA Outaouais-Laurentides

La FUPAOL est une organisation syndicale qui représente les quelque  2 500 entreprises agricoles des 16 MRC situées sur le territoire de l’Outaouais, des Laurentides, de Laval et de Montréal et leur offre services et soutien professionnels.